Cecobois

Une vision d'avenir inspirante pour la construction en bois

White Arkitekter / Kulturhus i Skellefteå, Suède.

En 2042, une école des métiers de la construction en bois d'une hauteur de 22 étages, entièrement en bois d'ingénierie, sera érigée à Québec pour pallier à la demande croissante dans ce domaine en pleine expansion. Science-fiction ou un juste aperçu de ce qui nous attend dans quelques années? C'est la vision que nous propose Stéphan Langevin, architecte chez STGM et président du chantier sur la construction en bois dans la cadre du Forum Innovations Bois tenu le 31 octobre dernier à Rivière-du-Loup.


COMMUNIQUÉ
Une pépinière de talents et de savoir-faire au cœur du quartier d’Estimauville – Inauguration du nouveau bâtiment de l’École des métiers du bois

Par Stéphan Langevin, architecte

 

Québec, 18 août 2042 – En présence d’une foule de dignitaires de tous les milieux, aujourd’hui avait lieu, dans l’écoquartier d’Estimauville à Québec, l’inauguration très attendue du nouveau bâtiment de l’École des métiers du bois (EMB). Le bâtiment regroupera sous un même toit, à compter de septembre prochain, tous les programmes d’éducation professionnelle liés à la construction bois. Sous l’égide du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, en partenariat avec les principaux joueurs de l’industrie, le bâtiment de l’EMB servira également de centre de formation pour les gens de l’industrie d’ici et d’ailleurs, et ce, à l’année, l’EMB offrant des programmes de stage même en été. Depuis quelques années déjà, les facultés d’ingénierie et d’architecture du Québec imposent au moins trois cours obligatoires sur la conception de bâtiments de grande envergure en bois. Une tour de 22 niveaux entièrement en bois, une première au Québec, abritera les services administratifs, des bureaux pour les organismes partenaires, les résidences étudiantes et un service d’hôtellerie pour les visiteurs de l’extérieur.


Le bâtiment, qui sera le premier accrédité LEED V7 dans la province, est une véritable vitrine du savoir-faire québécois dans le domaine de la construction en bois. L’ensemble des composantes structurales de l’imposant bâtiment est en bois : CLT, structure légère, P-LSL, etc. Elles participent à la fois à la structure et à l’esthétique du bâtiment. Une spectaculaire résille en bois accueille le visiteur dans le hall d’entrée, baigné de lumière naturelle et abritant 38 arbres représentant les espèces indigènes du Québec.


Cette « forêt intérieure » contribue de façon active aux systèmes de mécanique filtrant l’air de recirculation en hiver et contribuant par convection à la climatisation du bâtiment en été. Des façades actives composées de bois et de verre sont combinées à un système d’aérothermie et à des chaudières à haute performance aux granules de bois, ce qui fait de ce bâtiment un des plus efficaces au Canada. Les murs-rideaux et la fenestration sont en bois, alors que les murs sont isolés avec de la laine de bois.


Chaque détail a été pensé et réfléchi afin de mettre à contribution la matière ligneuse de la meilleure façon possible et une stratégie de démantèlement a été implantée de façon à ce que 92 % des composantes en bois soient récupérables à la fin de la vie utile du bâtiment. Le résultat final est spectaculaire.


Créée en 2019 sous l’initiative du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, en partenariat avec l’industrie, l’EMB a longtemps été un simple regroupement d’établissements d’enseignement qui s’assurait de la cohérence et de la coordination des programmes éducatifs liés à la construction en bois. L’explosion fulgurante de la demande, les avancées technologiques et la popularité des programmes a incité le gouvernement à lancer il y a cinq ans le projet inauguré aujourd’hui à Québec.



Longtemps dominé par l’industrie de l’acier et celle du béton, le monde de la construction québécoise est aujourd’hui dominé par le plus noble et le plus écologique des matériaux de construction, le bois. Depuis l’adoption de la Politique énergétique 2030 du gouvernement du Québec et la signature de la COP 21 en 2015 (où 184 nations, dont le Canada, se sont engagées à atténuer les émissions de gaz à effet de serre tout en prévoyant de faire évoluer l’économie nationale), l’industrie de la construction en bois, qui contribue de façon importante à la performance environnementale du Québec et de la planète, a explosée. Depuis plusieurs années déjà, au Québec, les constructions en bois d’ingénierie ont dépassé en volume les constructions traditionnelles en bois d’œuvre.


Les importantes avancées technologiques et les modifications réglementaires ont permis depuis plusieurs années la construction de tours d’habitations et d’immeubles de bureaux de plus de 20 étages. L’amélioration et l’efficacité des procédés de fabrication ne sont pas étrangères à ce succès, entre autres, grâce à l’application des principes du « manufacturing ». Le réseau scolaire québécois a été le premier à prendre officiellement et massivement le virage bois. En effet, en 2018, une politique claire et soutenue par une mise à niveau de la réglementation a permis d’ouvrir la porte à la construction d’écoles 100 % bois. Depuis, pour des raisons non seulement écologiques, mais également économiques, toutes les nouvelles écoles du réseau de l’éducation du Québec sont construites en bois. Dernière innovation dans ce domaine, l’année prochaine pour la première fois, une école toute neuve sera construite avec des matériaux récupérés du démantèlement de deux écoles primaires construites en 2026.


Au-delà de son grand potentiel économique, l’industrie de la construction en bois constitue aujourd’hui un véritable écosystème socio-industriel auquel contribuent de façon coordonnée plus d’un millier d’entreprises québécoises, allant de l’exploitant forestier indépendant jusqu’au fabricant de bâtiments préfabriqués de grande hauteur, en passant par le secteur des matériaux biosourcés aujourd’hui exportés aux quatre coins de la planète. Au Québec, plus de 100 000 emplois directs et indirects sont liés à l’industrie de la transformation du bois. L’économie du bois fait littéralement vivre économiquement des centaines de communautés réparties sur l’ensemble du territoire québécois et participe activement à leur vie sociale.

Qui dit bois, dit exploitation forestière. En 1999, la sortie du film L’Erreur boréale, qui mettait en lumière les pratiques passées des exploitants forestiers, avait fait réagir. L’œuvre du regretté Richard Desjardins avait fait mal à l’industrie, dépeignant les entreprises liées à l’exploitation forestière comme des monstres avides de profits et détruisant tout sur leur passage. Le film a été un véritable électrochoc pour l’industrie, le temps a fait son œuvre et, aujourd’hui, les forêts québécoises font école.


La gestion forestière d’ici, véritable fondation de toute la filière bois, est devenue l’exemple à suivre à l’échelle internationale. Plus productive, plus efficace et surtout plus respectueuse de l’environnement, l’industrie forestière « n’exploite » plus la forêt, elle la cultive, l’entretient, favorise son développement et assure sa pérennité. En ce moment même, la tour d’habitation où vos enfants résideront et les futures écoles que vos petits-enfants fréquenteront poussent doucement dans le Nord-du-Québec, dans des forêts en santé où la flore et la faune bénéficient des pratiques exemplaires de nos exploitants forestiers.


Un secteur de recherche, reconnu internationalement
Un des facteurs ayant le plus contribué à l’essor de l’industrie a été la force et la créativité de ses chercheurs. Au début des années 2000 et jusqu’en 2020, l’industrie de la construction en bois s’est heurtée à des défis d’importance comme le bannissement de l’enfouissement de la matière ligneuse, les accords sur le bois d’œuvre avec les États-Unis et la protection incendie dans les bâtiments. À l’époque, l’innovation, la recherche et le développement ont été les bouées de sauvetage de l’industrie. Chef de file mondial dans le domaine de la recherche sur la construction en bois, la communauté des chercheurs d’ici a été un des vecteurs principaux du développement de l’industrie québécoise et canadienne du bois, ce qui a contribué directement et de façon tangible au succès de centaines d’entreprises. Plus que les produits de deuxième et troisième transformation, l’expertise québécoise est peut-être aujourd’hui le produit d’exportation le plus prisé et convoité. En Asie, en Europe, en Afrique, les spécialistes canadiens et québécois sont impliqués dans toutes les sphères de l’industrie de la construction bois, allant de la rédaction des normes et codes locaux jusqu’à l’implantation de politiques favorisant l’utilisation du bois dans la construction.


Véritable pépinière de talents et de savoir-faire, le nouveau bâtiment de l’EMB accueillera ses premiers étudiants dès le 3 septembre prochain.